Dans le cadre de nos derniers mandats, nous avons eu la chance de réaliser quelques études patrimoniales portant sur des écoles primaires et secondaires montréalaises, dont trois écoles très intéressantes, illustrant à leur manière les tendances stylistiques et constructives de trois époques bien distinctes.  Conformément à la caractérisation effectuée par Claudine Déom en 2006 dans le Guide d’interventions architecturales pour les édifices scolaires de la CSDM, nous avons pu analyser les éléments architecturaux et identifier les valeurs associés à ces écoles, respectivement issues des périodes classique, de transition et moderne. Chacune d’entre elles témoigne de particularités, d’unicité ou d’exemplarité dans leurs composantes, s’inscrivant dans une période clé de l’histoire de l’éducation au Québec et s’implantant tantôt en rupture, tantôt dans le respect du cadre bâti avoisinant. 

École Lajoie. Photo : Passerelles Coop, février 2020.

L’École primaire Lajoie – 1276 avenue Lajoie, arrondissement Outremont, Montréal

 

L’école primaire Lajoie, anciennement connue sous le nom d’Académie Sainte-Madeleine, illustre la tendance des architectes du début de XXe siècle à emprunter les codes du style néo-classique pour répondre aux commandes institutionnelles, dans un contexte d’expansion des quartiers et d’accroissement démographique à Montréal. Cette école est l’une des toutes premières constructions de la célèbre firme d’architecte Viau & Venne, alors que celle-ci vient de se former. Très prolifique au début du XXe siècle au Québec, c’est notamment à Viau & Venne qu’on doit l’Oratoire Saint-Joseph, une icône montréalaise.  Symétrique, l‘école Lajoie est divisée en deux parties séparées. Alors que l’aile ouest accueille les jeunes filles, l’aile est est destinée aux garçons. Sa particularité repose sur le fait qu’elle a été construite en deux phases, en 1913-1914 et en 1923, et que cet écart de près de 10 ans est difficilement observable.  Malheureusement la situation de crise sanitaire actuelle nous freine dans nos recherches en archives et nous devrons reprendre l’étude de ses valeurs lorsque la situation le permettra. Vous en saurez donc davantage un peu plus tard… 😉

 

 

L’École Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont – arrondissement Outremont, Montréal

 

Construite en cinq phases à partir de 1952, l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont est un exemple remarquable de la période de transition architecturale scolaire qui se situe entre la période classique et la période moderne. L’ancien Externat classique Saint-Viateur est le premier collège classique de la  congrégation religieuse des Clercs de Saint-Viateur et témoigne de la poursuite de leur mission éducative tout comme de leur rôle de promoteurs dans le développement d’Outremont. Réalisée par l’architecte Jean-Marie Lafleur, l’école se distingue par une composition des façades rigoureuse, sobre et fonctionnelle. L’horizontalité des volumes et des éléments qui composent la façade incarne une caractéristique esthétique importante de cette période de transition. Le principe du fonctionnalisme s’incarne autant par la volumétrie des bâtiments que par la diversité des formes et des orientations des ouvertures, qui indiquent les différents usages des espaces intérieurs. Les façades de l’école sont dépouillées et l’ornementation du bâtiment est réduite aux trois œuvres d’art intégré à l’architecture qui caractérise la pré-modernité architecturale. L’école, composée de cinq volumes distincts, témoigne de la croissance démographique d’Outremont et des besoins scolaires grandissants entre 1952 et 1963. Il s’agit de la seule école témoignant du style de transition architecturale à l’échelle de son arrondissement.

École Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont. Photo : Passerelles Coop, septembre 2019.

 

L’école Félix-Leclerc – 6055, avenue Darlington, arrondissement Côte-des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce, Montréal

 

L’École Félix-Leclerc, autrefois connue sous le nom de Logan School, a été construite entre 1952 et 1953 dans l’arrondissement Côte-Des-Neiges—Notre-Dame-De-Grâce, par les architectes Morley Corbus Luke et Harold Butler Little. L’école était une commande de la Protestant School Board of Greater Montreal (PSBGM) et est devenue une propriété de la Commission des Écoles Catholiques de Montréal (CECM), l’ancienne Commission scolaire de Montréal (CSDM) à la fin du XXe siècle, pour ouvrir sous le nom de École Félix-Leclerc en 1990. Son plan en étoile, orienté selon les quatre points cardinaux et comprenant cinq pavillons, est unique dans le corpus immobilier de la CSDM. L’utilisation des blocs de verres directionnels dans toutes les salles de classe, issue d’une étude sur l’éclairage naturel, le plan sur un seul étage, l’utilisation de matériaux préfabriqués, les éléments structuraux apparents à l’extérieur qui rythment les divisions internes, l’utilisation novatrice et subtile du terrazzo rehaussé de lignes en laiton dans l’entrée et dans l’espace central, ainsi que ses œuvres d’art, font de l’École Félix-Leclerc un objet architectural fort intéressant. Le fonctionnalisme affirmé du plan de l’école Félix-Leclerc, mis au service d’un programme visant le confort de l’usager et la création de milieux de vie propices à l’enseignement, marque le début d’une ère nouvelle quant aux façons de concevoir les bâtiments scolaires au Québec, dans un contexte d’après-guerre. L’École Félix-Leclerc est précurseure du renouveau scolaire au Québec qui s’exprimera architecturalement davantage après le Rapport Parent. Elle cristallise une conception nouvelle quant à la manière de construire des écoles en s’inscrivant dans une mouvance internationale regroupant plusieurs architectes de renom désirant pousser la réflexion et expérimenter sur la recherche de l’école idéale.

École Félix-Leclerc. Photo : Passerelles Coop, août 2017.